Jump to ContentJump to Main Navigation
The Drowned MuseThe Unknown Woman of the Seine's Survivals from Nineteenth-Century Modernity to the Present$

Anne-Gaëlle Saliot

Print publication date: 2015

Print ISBN-13: 9780198708629

Published to Oxford Scholarship Online: October 2015

DOI: 10.1093/acprof:oso/9780198708629.001.0001

Show Summary Details
Page of

PRINTED FROM OXFORD SCHOLARSHIP ONLINE (www.oxfordscholarship.com). (c) Copyright Oxford University Press, 2016. All Rights Reserved. Under the terms of the licence agreement, an individual user may print out a PDF of a single chapter of a monograph in OSO for personal use (for details see http://www.oxfordscholarship.com/page/privacy-policy). Subscriber: null; date: 05 December 2016

(p.335) Appendix

(p.335) Appendix

Source:
The Drowned Muse
Publisher:
Oxford University Press

1. Vladimir Nabokov, ‘L’Inconnue De La Seine’

For F. G. Ch.

  • Urging on this life’s denouement,
  • loving nothing upon this earth,
  • I keep staring at the white mask
  • of your lifeless face.
  • Strings, vibrating and endlessly dying,
  • with the voice of your beauty call.
  • Amidst pale crowds of drowned young maidens
  • you’re the palest and sweetest of all.
  • In music at least linger with me!
  • Your lot was chary of bliss.
  • Oh, reply with a posthumous half-smile
  • of your charmed gypsum lips!
  • Immobile and convex the eyelids.
  • Thickly matted the lashes. Reply—
  • can this be forever, forever?
  • Ah, the way they could glance, those eyes!
  • Touchingly frail young shoulders,
  • the black cross of a woollen shawl,
  • the streetlights, the wind, the night clouds,
  • the harsh river dappled with dark.
  • Who was he, I beseech you, tell me,
  • your mysterious seducer? Was he
  • some neighbour’s curly-locked nephew
  • of the loud tie and gold-capped tooth?
  • Or a client of star-dusted heavens,
  • friend of bottle, billiards, and dice,
  • the same sort of accursed man of pleasure
  • and bankrupt dreamer as I?
  • And right now, his whole body heaving,
  • he, like me, on the edge of his bed,
  • in a black world long empty, sits staring
  • at a white mask?

Berlin, 1934, © Vladimir Nabokov, 1934, used by permission of the Wylie Agency (UK) Limited.

(p.336) 2. Marius Grout, PoÈmes À L’Inconnue

I.

  • Je demeure là, au seuil de toi, comme quelqu’un qui ne sait pas dire
  • —comme quelqu’un qui ne sait plus dire,
  • comme quelqu’un qui a désappris—
  • Parler, mon Dieu?
  • j’ai tant parlé!
  • —une eau féconde, jaillie de soi, et qui retombe,
  • une fontaine par les vergers,
  • proche et connue.
  • Mais vient le temps
  • des puits scellés; mais vient le temps
  • des eaux rares et souterraines.
  • Mais vient le temps—penché sur la margelle,
  • écoute!—de ces gouttes d’or immémoriales,
  • l’une après l’autre—et le silence entre elles—
  • tombant au sein de puits sans fin qu’on ne sait plus.
  • Mais vient le temps des herbes douces et amères;
  • fleuries la nuit,
  • et des parfums de mort et des chairs dénouées;
  • mais le temps, après le temps des cathédrales,
  • de la crypte la plus obscure:
  • la lampe unique, et le silence. Ici repose …
  • Paix indicible!
  • Fleurissement de l’heure qui est après toutes les heures!
  • —Ah! courbe-toi
  • encore, et ne songe plus à rien qu’à te courber,
  • jusqu’à ce que
  • tu ne sois plus, dans le silence et dans la nuit,
  • que le dessin, visible à peine,
  • d’une prière commencée
  • et qui, soudain, consciente et lasse, replie les ailes.
  • Ici repose …
  • Ô toi!
  • Mais il suffit:
  • paix sur ton âme!
  • Une ombre suit,
  • lourde et sans voix, chacun des mots par quoi j’essaie de te parler.
  • Inatteignable,
  • et, cependant, douce et tentante, et appelante,
  • —car tu appelles,
  • car tu ne permets point qu’on dorme dans la nuit—
  • mais il suffit:
  • (p.337)
  • ce premier pas est fait, qui pouvait profaner
  • jusqu’au plus pur de ton silence.
  • Seuil de lumière!
  • Ô tremblement.
  • et paix soudaine, et, de nouveau,
  • ce tendre appel,
  • cet appel d’un appel à peine formulé!
  • Ici repose …
  • Ô toi!
  • Mais, à présent, silence, et refermés
  • comme à jamais ce fruit obscur, cette herbe tendre et jaillissante
  • qu’on effleura.
  • —Et de subtils parfums, d’indicibles parfums
  • errent encore.

II.

  • Voici venu le temps des travaux difficiles,
  • voici venu le temps du vent qui souffle.
  • Ta voix nous hèle de l’autre rive—ah! si lointaine!
  • Silence. Morte? Apaisée? Mais, de nouveau, c’est elle,
  • plus languissante et proche, te semble-t-il, du désespoir
  • infini. S’en va-t-elle pour cet autre versant
  • mystérieux, et pour cette aube ouverte aux anges,
  • pour ces ports inconnus, pour ces jetées perdues
  • —lancées—perdues au soir dans la lumière,
  • et le navire n’est déjà plus qu’un rêve:
  • une eau sur l’eau glissante et absorbée?
  • Silence. Ah! paix des jours faciles et des travaux
  • quotidiens! Ah! sereine,
  • sereine et close paix des vergers à midi!
  • sereine et close paix des gestes de l’amour
  • l’un à l’autre pareils et tout pareils à ceux
  • qu’on célébra: fruits ronds et sans mystère.
  • Mais voici l’heure des fruits mal pressentis
  • et que le plus secret des rêves dessine à peine.
  • Silence. Mais voici l’heure, et voici ton appel,
  • de nouveau ton appel. Trois fois. Dis, qui appelle?
  • qui, cette voix inentendue, inentendable,
  • comme d’une île perdue et qu’on sût autrefois,
  • une île parmi les îles,
  • qu’on sût peut-être, et qui, bruissant sous la mémoire,
  • nouent et dénouent les vagues de leur songe.
  • Ce par quoi jusqu’ici tu saisis, dérisoire,
  • (p.338)
  • se dissout, et tes mains devenues illisibles,
  • ne sont qu’un tremblement incertain parmi l’air,
  • l’obscur parfum des roses abolies.
  • Ici repose …
  • Et l’air lui-même n’est plus qu’un mot évanescent,
  • et le parfum,
  • le souvenir d’un souvenir au bord d’un rêve.
  • Tout droit, et seul tout droit et seul pesant encore,
  • comme ces colonnes rompues dans le silence ou elles vibrèrent
  • avant la chute, ainsi se tient celui qu’hier les hommes
  • nommaient. Mais à présent, plus aucun nom pour ce fantôme.
  • Les sept marches silencieuses,
  • la flamme au poing,
  • le murmure d’une eau profonde, profonde et qui appelle,
  • la voûte obscure,
  • l’effacement,
  • et l’entrée frémissante, invincible—et l’entrée
  • d’un silence dans le silence.

III.

  • Comme effacée:
  • le glissement, au long des heures, des eaux sur toi,
  • et, parmi toutes,
  • des eaux des nuits:
  • car elles ne sont qu’elles et rien qu’elles.
  • Comme effacée
  • et déjà fluide: un peu encore,
  • et tu n’étais qu’une eau parmi les eaux.
  • Et peut-être n’es-tu qu’une eau qui rêve encore,
  • le sourire d’un flot qui s’attarde et, pensif,
  • songe à l’exil.
  • Comme effacée.
  • Plus qu’une main sur toi: la caresse indicible
  • des mains de Dieu. Leur lent amour,
  • la calme et invincible imprégnation d’un lent amour
  • qui a le temps,
  • d’un lent amour qui a l’éternité.
  • Les mains de Dieu
  • l’une et l’autre à la fois, et ton visage blotti en elles,
  • fondu en elles!
  • Ainsi le fruit dans la lumière,
  • ainsi toi-même, toute petite fille,
  • le soir, avec cette voix à tes côtés, chantante à peine,
  • à tes côtés, ici et là; et le sommeil
  • (p.339)
  • venant, ensevelie, indistincte, ton âme
  • au cœur du chant.
  • Ainsi. Et cependant qui pourra dire les mains de Dieu,
  • qui pourra dire les paumes—oh! vide d’amour!—
  • qui pourra dire les paumes des mains de Dieu?
  • Seul, ton visage,
  • imprégné d’elles,
  • s’essaie à dire leur absence.
  • Maturité!
  • De quel bonheur, en quel verger incomparable
  • mûrie? De quel soleil et de quelles aubes
  • inconnues? Succulence et parfums essentiels!
  • Maturité.
  • La seule maturité: tout fruit atteint à peine
  • la moindre opacité et se meurt avant que
  • d’être poreux à la lumière.
  • Ici repose …
  • Ici repose la lumière.
  • Dirai-je encore?
  • Mais le sillage,
  • dès à présent,
  • se referme et s’efface, et le jour naît, et l’onde
  • n’est plus qu’un dur miroir à la clarté du ciel.
  • Vienne la nuit,
  • et ce creux au sein de la nuit,
  • et ce mystère
  • qui se veut dire, et tremble, et intercède
  • auprès de Dieu; vienne la nuit, et je saurai
  • délier les nœuds les plus secrets!
  • Et je saurai:
  • ah! qu’en sais-tu?
  • Ici reposent
  • pour à jamais, dans l’unité,
  • dans l’éternel, pour à jamais réconciliées,
  • la Vie et la Contemplation.

IV.

  • Si dénouée!
  • Je cherche vainement ce qui substitue en toi
  • de vie;
  • ce qui subsiste
  • de ces chairs durement tressées et qui s’affirment
  • et des pensées par elles assemblées.
  • Pensées actives,
  • (p.340)
  • mains fermées et durcies, poings tendus aux destins,
  • pensées actives,
  • les seules pensées,
  • ce qu’on appelle pensées parmi nos rives,
  • et au bord même, oui même encore au bord des eaux profondes,
  • et dans ces nuits d’avant la nuit
  • où l’être pacifié s’incline
  • et offre aux dieux dans le secret
  • une face effacée déjà et qui consent.
  • Pensées actives,
  • les seules pensées.
  • Mais à présent, et pour jamais passée
  • tu sais la vanité de leurs rets, tu connais
  • le bond joyeux par quoi se franchissent les songes.
  • L’eau du feuillage,
  • un moment remuée, s’est refermée sur toi;
  • il ne demeure que ton rire,
  • ou le souvenir de ton rire,
  • comme une pluie en des pays qu’on oublia.
  • Tu n’es plus là,
  • et pour ne plus être, tu es
  • infiniment, et ce pour quoi tu es venue
  • croît silencieux, proche et inaccessible,
  • croît silencieux jusqu’à la fin des temps.
  • Replie tes ailes
  • Ô mon esprit, et erre par les jardins amers,
  • parmi les buis et les cyprès.
  • Voici la nuit la plus quotidienne
  • et le déroulement de songes inconstants
  • dont l’inconstance n’est qu’un piège:
  • fausses clartés, envols de rêve, duplicités;
  • la chair se joue et se ment à soi, toute la terre
  • s’enchante et tâche à croire à ses enchantements.
  • Pensées actives,
  • mains fermées et durcies, poings tendus aux destins,
  • pensées actives
  • et cependant pensées encore.
  • Vienne l’aurore
  • et l’appel du berger par delà des collines,
  • et les moins certaines toisons
  • s’épaissiront en troupeaux vils et suants de laine.
  • Pensées actives,
  • pensées actives,
  • pensées du temps …
  • Tu es toi seule la pensée intemporelle,
  • toi seule, en ton silence, l’indicible figure,
  • (p.341)
  • l’indicible et la perpétuelle,
  • du jeu de l’ange avec l’esprit et des échanges
  • que nul jamais ne pressentit.
  • Paix sur toi, ô pensée unique! Ici repose
  • ce qui jamais ailleurs ne reposa
  • que pour, un temps rêvant, subtil, à son visage,
  • le dessiner avant qu’il ne s’exilât.

V.

  • Tu chantes.
  • Qui entendra?
  • Tu chantes, et ton sourire secret et silencieux,
  • —est-ce un sourire?—
  • ravies, tes lèvres refermées
  • pour à jamais,
  • et la ligne de tes paupières
  • —ô pureté de ce sillage!—
  • dessinent l’inflexion de voix intemporelles.
  • Perdue tu vas
  • —perdue pour nous—de rive en rive, et infidèle,
  • à perpétuité infidèle
  • à la terre la plus transparente,
  • aux frondaisons les mieux aimées.
  • Maintes amantes
  • dans le secret se sont penchées
  • vers toi, déjà lointaine, et leurs bras dénoués
  • —un temps sachant la vanité de leurs amours—maintes amantes
  • dans le secret se sont penchées
  • vers toi, déjà lointaine, et tu fuyais encore,
  • toute à ton rêve.
  • La nuit enfin te dissolvait, et l’invisible
  • n’était perçu que de celui qui ne sait plus
  • dormir.
  • Et celui-là te devinait à peine:
  • un sillage au-delà d’un sillage, assoupi,
  • un silence au-delà d’un silence qui fuit,
  • infiniment moins que le pli d’un songe
  • à l’aube soudain, à respirer les roses,
  • d’un songe soudain sur la mémoire, et qu’on savait
  • d’un savoir étrange et subtil;
  • —et fut-il jamais plus qu’un songe?—
  • Et toi perdue, qui t’en allais,
  • fus-tu jamais pour lui plus que ce pli sensible à peine?
  • Poursuite vaine
  • (p.342)
  • même à présent; trace illisible.
  • Tout se referme.
  • Le chant le plus égal, le plus ténu te cerne
  • mais tu échappes
  • au-dedans même.
  • Ici, dis-tu;
  • et tu n’es déjà plus ici qu’un souvenir.
  • Te cherche-t-il encore, celui qui crut t’aimer?
  • et, s’il te cherche sur les rives,
  • t’appelant parmi les roseaux,
  • sait-il que je te cherche aussi et que je sais
  • ton visage et ce lumineux sourire—ah! lumineux!—
  • sur ton visage, et que pourtant je cherche encore, à travers toi,
  • à travers ce qui m’est donné
  • de toi—je cherche je ne sais quel dieu par toi caché?
  • Ici repose,
  • ici repose au bord des eaux,
  • tenté par elles, cachant sa face dans la nuit,
  • celui qui crut que tu appelles.
  • Que tu appelles? Mais tu te tais et il se tait,
  • le silence répond au silence.
  • Plus rien de toi,
  • ô inconnue, et à jamais inconnaissable,
  • ô inatteinte, et à jamais inatteignable,
  • plus rien de toi.
  • Et ce geste silencieux,
  • cette main vague, ouverte à peine,
  • par quoi je tâche, en vain, d’évoquer le mystère
  • fait mon esprit plus lourd et plus amer encore,
  • et ton refus irrévocable.

VI.

  • Replie toi donc
  • et repose à jamais sur toi,
  • sur toi, en toi, perdue au sein de Dieu.
  • Nous ne savons que ton visage
  • que l’empreinte de ton visage,
  • un peu de terre par toi durcie. Ah! si pourtant
  • un ange contemplait, éternel, ce sourire,
  • toute—entends-tu?—il te saurait, et pas un seul
  • des rêves qu’au plus clair d’entre nous tu cachas,
  • —les connus-tu vraiment toi-même?—
  • pas un seul de ces rêves qui fût obscur pour lui.
  • Calme et dénoué devant lui,
  • tu ne serais que transparence.
  • (p.343)
  • Un pas encore—mais l’ange n’est que l’ange—
  • un pas encore de lui vers toi,
  • tu te dissous dans la lumière.
  • Ainsi pour lui qui est le dernier pas
  • au seuil de Dieu.
  • Ainsi de lui.
  • Mais nous!
  • Mais nous, nos mains et nos jambes possessives,
  • mais nous, nos yeux luisants et durs,
  • mais nous, et nos plus claires pensées, les plus déliées,
  • les plus dansantes, les mieux illuminées d’amour,
  • —elles vont chanter à l’aube sur les collines—
  • mais nous, que saurons-nous jamais de ton visage?
  • Qu’il faille enfin
  • demeurer là,
  • demeurer là après avoir tenté le fleuve sur la rive,
  • les mains tombées,
  • voilà qui est la vérité;
  • non point l’amère, mais l’heureuse
  • et saine et forte vérité.
  • La terre est là, la vie est là, et qui attendent
  • d’être connues et d’être aimées.
  • Ta course est vaine, par les nuages et les anges,
  • si tu n’as point, d’abord marché par les chemins
  • les plus boueux, au temps des plus âpres automnes.
  • Non plus la mort
  • mais ce qui est,
  • tout ce qui est.
  • Non point le Dieu ailé, l’esprit intemporel,
  • mais l’humble Dieu de ce temps-ci, en cet endroit
  • où tu te tiens présentement. Non point le rêve
  • mais ce qui est,
  • tout ce qui est. Non point le rêve
  • d’un dieu, mais Dieu. Et l’Eternel
  • ici même, et en cet instant,
  • pressenti, su, et glorifié.
  • Ici repose …
  • Repose en paix, ô Inconnue.
  • Mes songes mêmes n’erreront plus
  • par ces rives où tes deux bras
  • désespérément se tendirent
  • —à quel appel
  • et vers quel Dieu?—Repose en paix:
  • l’heure viendra d’un autre appel vers moi lancé.
  • Peut-être alors …
  • Alors. Mais, à présent, soit fidèle, et des nuits
  • (p.344)
  • vers l’aube remontée, dis la joie jaillissante
  • de vivre et d’être, et prie et chante
  • dans la force et dans la clarté
  • - Alleluia!—
  • le Dieu viril ressuscité!

© Éditions du Seuil, 1945.

3. Maurice Magre, ‘Complainte De La Seine’ (Poem used by Kurt Weill for the Song Complainte De La Seine, Translation By Sean Mabry)

  • Au fond de la Seine il y a de l’or, des bateaux rouillés, des bijoux, des armes
  • Au fond de la Seine il y a des morts
  • Au fond de la Seine il y a des larmes
  • Au fond de la Seine il y a des fleurs de vase et de boue
  • Elles sont nourries
  • Au fond de la Seine il y a des cœurs qui souffrirent trop
  • pour vivre la vie
  • Et puis des cailloux et des bêtes grises
  • L’âme des égouts soufflant des poisons
  • Les anneaux jetés par des incomprises
  • Des pieds qu’une hélice a coupés tout ronds
  • Et les fruits maudits des ventres stériles
  • Les blancs avortés que nul n’aima
  • Les vomissements de la grande ville
  • Au fond de la Seine il y a cela
  • Aux scènes clémentes où vont des cadavres
  • Aux lits dont les draps seront faits de limon
  • Fleuve des déchets sans fanal ni havre
  • Chanteuse berçant la morgue et les ponts
  • Accueille les pauvres
  • Accueille la femme
  • Accueille l’ivrogne
  • Accueille les fous
  • Mêle leurs sanglots aux bruits de tes larmes et porte leurs cœurs et porte leurs cœurs et porte leurs cœurs
  • parmi les cailloux
  • Au fond de la Seine il y a de l’or, des bateaux rouillés, des bijoux, des armes
  • Au fond de la Seine il y a des morts
  • Au fond de la Seine il y a des larmes
  • At the bottom of the Seine
  • there is gold,
  • rusting boats,
  • (p.345)
  • jewels, weapons.
  • At the bottom of the Seine
  • there are dead bodies.
  • At the bottom of the Seine
  • there are tears.
  • At the bottom of the Seine
  • there are flowers,
  • in their vase of mud,
  • they are nourished by silt.
  • At the bottom of the Seine
  • there are the hearts
  • that suffered greatly
  • from having lived life.
  • And then the rocks
  • and the grey beasts
  • The pipes of the sewers
  • blowing out poisons,
  • The rings cast off
  • by unappreciative lovers,
  • The feet cut off by a propeller
  • From their trunk.
  • And the cursed fruits
  • of sterile wombs,
  • The innocent abortions
  • that no one loved,
  • The vomit
  • of the grand city …
  • On the bottom of the Seine
  • They are there.
  • Oh, lenient Seine
  • where the cadavers go,
  • Oh, the bed
  • with sheets made of silt,
  • River of refuse
  • with neither beacon nor haven,
  • Singing a lullaby
  • to the morgue,
  • at the font.
  • Welcoming the poor one,
  • welcoming the woman,
  • welcoming the drunkard,
  • welcoming the insane one,
  • Mixing their sobs
  • to the sound of your tears,
  • (p.346)
  • And carrying their heart,
  • and carrying their heart,
  • and carrying their soul
  • Among the rocks.
  • At the bottom of the Seine
  • there is gold,
  • the rusted boats,
  • the jewels, the weapons.
  • At the bottom of the Seine
  • There are the dead.
  • At the bottom of the Seine
  • there are tears …