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Literary and Linguistic Theories in Eighteenth-Century FranceFrom Nuances to Impertinence$

Edward Nye

Print publication date: 2000

Print ISBN-13: 9780198160120

Published to Oxford Scholarship Online: October 2011

DOI: 10.1093/acprof:oso/9780198160120.001.0001

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(p.230) Appendix

(p.230) Appendix

Source:
Literary and Linguistic Theories in Eighteenth-Century France
Publisher:
Oxford University Press

La Motte, Œdipe, tragédie, Act III, scene vi (Œuvres, 1754: Volume IV, 497–9), extract.

JOCASTE .

  • Ah! ne m'accablez plus.
  • Je ne connois que trop le malheureux Laïus.
  • ŒDIPE .

  • Je l'ai donc dévoilé ce terrible mystere!
  • La Haine de Jocaste est déja mon salaire.
  • Que deviens-je à vos yeux! & quel objet pour vous
  • Qu'un Epoux tout soüillé du sang de votre Epoux!
  • Vous ne me voyez plus que comme un parricide,
  • Comme un monstre cruel, sacrilege, perfide.…
  • JOCASTE .

  • Seigneur, ces noms affreux ne sont dûs qu'aux forfaits.
  • Respectez vos verts: respectez mes regrets.
  • Tout accablé qu'il est du malheur qui l'opprime,
  • Mon cœur sçait en gémir, sans vous en faire un crime.
  • Je vois toûjours en vous ce Héros adoré,
  • A qui seul pour jamais tout ce cœur fut livré.
  • Je n'impute qu'au sort mes mortelles allarmes,
  • Et je vous doit toûjours mon amour & mes larmes.
  • ŒDIPE .

  • Et moi, quand votre cœur craint de me condamner,
  • Le mien désespéré ne peut se pardonner.
  • Je sçais qu'en ce combat je ne fus point coupable;
  • Mais je suis de vos maux la source déplorable:
  • Et malgré ma raison, mon trouble plus puissant
  • Me défend en secret de me croire innocent.
  • J'entends déja Laïus: & je crois voir son ombre
  • Sortir, pour se venger, de la demeure sombre,
  • Me venir demander un sang que je lui doi,
  • Et retracter les vœux qu'il avoit faits pour moi.
  • JOCASTE .

  • Vous le deshonorez par ce triste présage.
  • Non, non, calmez, Œdipe, un trouble qui m'outrage.
  • Le sort impitoyable a seul conduit vos coups;
  • J'en accuse les Dieux; & j'en pleure avec vous.
  • ŒDIPE .

  • Mais, Madame, malgré ce pardon magnanime,
  • Le Ciel toûjours armé demande sa victime.
  • Voilà ce criminel, ce cœur qu'il faut frapper,
  • Et que Thébe a laissé trop long-tems échaper.
  • (p.231)
  • JOCASTE .

  • Seigneur, s'il faut des Dieux appaiser la colere,
  • Attendons, en tremblant, que leur voix nous éclaire.
  • D'un des Fils de Jocaste ils veulent le trépas.
  • Peut-être votre mort ne les sauveroit pas.
  • Allons encor au Temple implorer leur clémence;
  • Nous les désarmerons; j'en crois votre innocence;
  • Mais si rien ne fléchit leur barbare courroux,
  • Je ne m'y soumettrai qu'en mourant avec vous.
  • CEDIPE .

  • Jocaste, épargnez-moi cette horrible menace.
  • Mais, j'y consens, aux Dieux venez demander grace,
  • Tandis qu'impatient de sauver mes Etats,
  • Je vais les conjurer d'accepter mon trépas.
  • Fin du troisiéme Acte.
  • La Motte, Œdipe, tragédie en prose, Act III, scene v (Œuvres, 1754: Volume V, 43–6), extract.

    JOCASTE .

  • Arrêtez, Œdipe. Je ne reconnois que trop le malheureux Laïus.
  • ŒDIPE .

  • Affreuse vérité! me voilà donc devenu l'objet de la haine de Jocaste! elle ne verra plus dans Œdipe que le coupable meurtrier de son époux.
  • JOCASTE .

  • Que dites-vous, Œdipe! ces norm odieux sont-ils faits pour la vertu; je gémis, je suis accablée de mon infortune: mais elle ne me rend pas injuste. Vous êtes toujours ce Héros à qui j'ai donné mon cœur; & je vous dois encore & mon amour & mes larmes.
  • ŒDIPE .

  • Et moi je ne me pardonne pas mon malheur. Je ne puis soutenir l'idée de vous avoir été funeste. Je sçais que je ne suis pas coupable; & cependant une horreur secrete me défend de me croire innocent. Il me semble que je vois l'ombre de Laïus retracter la priere qu'il faisoit aux Dieux de ne me point imputer sa mort. Eh bien, Ombre sacrée, vous serez satisfaite. Je ne vois refuserai point votre victime.
  • JOCASTE .

  • Seigneur, l'amour de Jocaste vous est-il cher encore?
  • ŒDIPE .

  • S'il m'est cher! c'est le seul bien que jaye jamais craint de perdre.
  • JOCASTE .

  • Ne le blessez done plus par un desespoir que m'outrage. Non, vous n'êtes point le meurtrier de Laïus: Vous avez vaincu des ennemis. La fortune seule a fait tomber mon époux sous vos mains (p.232) innocentes. Les dernieres paroles de Laïus ne m'apprennent que trop mon devoir. Il a loüé votre courage; mais c'est assez pour moi de vous le pardonner.
  • ŒDIPE .

  • Je connois votre vertu, Madame, vous vous faites un devoir de me cacher l'impression que ce malheur vous cause: mais vous l'éprouvez malgré tons vos efforts. Non, vous ne me verrez plus des mêmes yeux. L'horreur & le tendresse vont se confondre dans vôtre ame; & vos larmes ne m'avertissent que trop que je vous suis devenu moins cher. Trop malheureuse Jocaste! à quel point vos sentimens m'interessent, puisque je m'en occupe encore au milieu des horreurs qui m'environnent! Voilà le coupable découvert. Voilà. du moins 1'auteur de cette mort dont les Dieux poursuivent la vengeance. Allons, c'est trop leur refuser le sacrifice qu'ils demandant.
  • JOCASTE .

  • Ah, seigneur, s'il faut subir un arrêt si cruel, attendons du moins que le Ciel s'explique clairement; il a demandé la mort d'un de mes fils; peut être la votre ne les sauveroit pas. Attendez.…
  • ŒDIPE .

  • Qu'attendre, Madame? & c'est le sang d'un de mes fils qu'ils demandent! ah, Dieux cruels, vous sçavez trop que la mort ne peut m'allarmer; & vous voulez que je sente le coup que vous me portez! que devenir! que résoudre! mon incertitude même est un crime. A combien de mes sujets mes délais coutent-ils la vie! juste Ciel, faut il que je porte, malgé moi, le coup mortel à tout ce que je veux sauver!
  • JOCASTE .

  • Je sens que, je me meurs, Œdipe, si votre fermeté ne soutient la mienne. Supportez vos malheur par pitié pour votre épouse. Allons encore implorer les Dieux. Votre innocence m'en fait esperer des ordres plus favorables.
  • ŒDIPE .

  • Allons, Madame: mais, pour prix de cette innocence, je ne leur demande que la mort.
  • Fin du troisiéme Acte.