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The Palace of SecretsBéroalde de Verville and Renaissance Conceptions of Knowledge$

Neil Kenny

Print publication date: 1991

Print ISBN-13: 9780198158622

Published to Oxford Scholarship Online: October 2011

DOI: 10.1093/acprof:oso/9780198158622.001.0001

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(p.263) Appendix 3 ‘Des feves qu’on met aux gasteaux de la feste des roys’ from Béroalde de Verville, Le Palais des Curieux (1612) (Object 14)*

(p.263) Appendix 3 ‘Des feves qu’on met aux gasteaux de la feste des roys’ from Béroalde de Verville, Le Palais des Curieux (1612) (Object 14)*

Source:
The Palace of Secrets
Publisher:
Oxford University Press

(90) Le plus grand plaisir mondain, apres ces deux souverains que nous avons deduits à l’entree du restablissement de Troye, en faveur des amours d’Esione, Est de faire son profit de tout ce que lon rencontre, et bien que ce plaisir soit mondain, si est-ce que quelque fois il se releve et devient spirituel, par ce que lors l’esprit se dilate en la douce volupté qu’il perçoit de profiter. En cette persuasion rencontrant un petit sujet, j’y arreste mes discours p[o]ur me delecter, et donner contentement à ceux qui en recevront avec moy. Possible qu’il y aura des esprits qui seront inclinez comme le mien, qui auront de l’aise de la rencontre de ces ouvertures: et là dessus (91) me jettant à mon sujet, comme en ayant faict mention, je respons à une question que j’ay souvent faicte, aussi bien que d’autres: Pourquoy met-on des feves aux gasteaux des Roys? On sçait la coustume de France, et d’autres lieux que la veille du jour de l’Epiphanie on se donne licence de se resjouïr à boire, et commence-on dés la veille que lon coupe le gasteau en plusieurs pieces: Estant coupé on met ces parts en un linge, et on faict parler un enfant, on luy dit Febé, et il Dominé, et un de la compagnie luy respond, disant, pour qui, et l’enfant dit, pour Dieu, et celuy qui tire les parts la met en lieu certain pour la donner aux pauvres, apres on continuë tant que les divisions soyent accomplies: En l’une de ces parties est une feve, et la part en laquelle elle est, faict son possesseur Roy, si celuy qui couppe le gasteau descouvre la feve, ou la couppe, il est Roy, si en la part à Dieu est la feve, le Maistre ou Maistresse de la maison aura le sceptre. Et quand le Roy boit chaqu’un (92) chante le Roy boit, si quelqu’un y faict faute, il est emandé. Voyla en bref l’histoire de ce jeu. Mais avançons nous un peu en ce suject et taschons à descouvrir pourquoy on met en ce gasteau une feve, (p.264) plustost qu’un pois, ou autre chose, car le hazard se peut tirer avec quoy que ce soit. On dira peut-estre, que cela est descendu de la coustume des anciens qui exposoient leurs suffrages avec des feves blanches ou noires, ce qu’aujourd’huy on imitte à Venise, par cela qu’ils appellent balotter, et que le peuple qui touchoit de pres ces siecles où lon tiroit à la feve, mist aussi une feve au gasteau pour y cercher le sort, peut-estre que cela est vray et recevable. Et toutesfois j’en pense autrement sans offencer personne, et m’est advis que cela vient de la prudence de quelque bon pere vivant du Temps de cette invention, et qui ne pouvant empescher l’impetuosité du peuple, luy concedant cette imitation de bacchanales, mit au gasteau cette feve, pour demon-(93)strer la vanité des coustumes que les hommes introduisent, en imitant les ordres, rangs, et estats du monde, qui de soy sont pure vanité tres-vaine, encore qu’ils ayent esté constituez pour une fin plus saincte que celle où ils se terminent, et ce par les abus qui se sont glissez, multipliez, et maintenus par la malice humaine, qui de ce qui est bon faict son mal profit, au contraire du bon Dieu qui souvent et quand il luy plaist, des choses mauvaises tire des effects excellans. Sans nous eslever plus haut, arrestons nous à nos feves. On parle d’un ancien qui entre ses conseils salutaires avisoit de s’abstenir de feves, et pour cecy nos doctes se crucient pour sçavoir ce qu’il vouloit dire. Amis s’il ne l’a esclaircy il le faut deviner, ou bien prenant quelque opinion là dessus s’en contenter, soit que nous rencontrions avec luy, ou non. Ces gens du temps passé ont dit beaucoup de choses pour se faire admirer, et bien souvent estoyent aussi bestes que ceux du present: et (94) puis le monde est subtilisé, je croy qu’il ny a pas moins de beaux esprits à cette heure qu’és autres siecles, et si ceux de ces ages-là eussent eu affaires aux deliez et fins d’aujourd’huy, ils eussent eu beau mettre des symboles en avant, on leur eust bien faict voir qu’il eut falu dire, et parler ouvertement, ou lon n’eust gueres faict estat d’eux. Or ce vieil pere avoit son intention, et nous avons les nostres. Quant à moy pourtant, ayant l’ame assez delicate, l’impression vive, et le jugement prest à se resoudre, je n’imagine que ce qui vient sans peine, et pourtant ayant consulté le progrez de ma delicate opinion, non opinion, qu’entant que lon la nomme ainsi, car c’est un accord parfaict avec tous les autres, dautant que Dieu me l’a donnee telle: Je vous dis une raison dont je vous rendray conte s’il y eschet, c’est qu’il faut se garder de manger trop de feves: Ceux qui jeusnent mangent des feves, il ne faut pas trop jeusner: les pauvres gens en mangent bien souvent: gardez vous (95) doneques d’estre pauvres, travaillez pour en avoir, afin de vous servir de la commodité. Et puis je vous diray encore un secret, les feves sont bonnes quelquesfois, mauvaises à ceux qui leur font mal: Mais il m’eschappe de vous dire une de mes pensees, si j’offence Pythagoras il ne s’en souciera pas, car il y a trop long temps qu’il n’y songe plus, et qui sçait si quelques meschans luy ont supposé cecy, et que pour le rendre odieux aux bien-croyans ils ayent faict ce discours de tel sens, donnant son nom à (p.265) un autre, qui sçachant que Daniel et les siens usoyent de legumes dont les feves so[n]t les Roynes, et qu’ainsi ils sont devenus grands en secrets, et que pour leur doctrine on les vouloit exterminer parmy les sages de Babylone, que le Roy faisoit tuër, il avisoit les siens de ne tascher point à estre si sçavans, ains seulement de sçavoir ce qui est necessaire pour se maintenir doucement, moictié caché, moictié cognu, notez cecy je vous prie, car la doctrine de Pytha-(96)goras estoit encore recente, il vivoit sous Manasses, Roy de Juda, et cecy advint quelque cent ans apres: Mais recognoissons le naturel de nos feves, et si nous espluchons exactement ce qui en est, nous y trouverons une abysme de considerations philosofiques, et une infinité de mysteres: Si pour descendre jusques à la racine nous commençons à la fleur, nous y verrons assez de beauté, et beaucoup de vertu, car l’eau qui en est distilee comme il faut (et non ainsi que font ces maraux ignorans alquemistes, tels je les nomme, dautant que les bons chimistes sçavent bien faire,) sert à beaucoup de bien: Elle est propre à l’entretien de la peau du corps, mesmes elle la renforce contre les rigueurs du temps, Par une speciale condition attribuée à tous cosmetiques vrays, elle dissout la pierre au corps, non qu’elle la ronge ainsi que l’eau forte fait le metail de son obeissance, mais delayant delicatement le flegme qui la maçonne au corps, empesche le calcul de se former, et (97) donne à nature ayde à la force de jetter, et chasser hors le gravier excrementeux, notez qu’il y en a une bonne qui sert comme d’esguisoirs aux bonnes humeurs qui font service à l’œconomie du composé, cette eau est cardiaque, et a en soy une petite eau forte qui est un dissoluant merveilleux sur ce qui est de sa rencontre, et sur tout à faire fluer le petit esprit gluant qui faict arrester l’humeur gouteux qui donne tant de douleurs. La fueille a une glaire detersive, propre aux ulceres qu’elle mondifie et glutine, et faict bien aux blesseures, apposée à propos, comme pareillement aux dartres. Quant à la tige elle est pleine de sel exquis, dont on peut faire merveilles, et je vous bailleray une belle industrie à vous qui imitez nature, et moulez de petits bastions, vous avisant qu’il ny a sable à egaler à celuy qui seroit faict de la cendre d’icelle, dont le capitel faict extraction du merveilleux cristal qui opere és rains et en la vessie, avec telle proprieté qu’il n’y (98) a rien d’égal à ce bien, estant deuëment preparé pour la vie humaine, dont l’allongement dépend de cette commodité. O mortels vous ne sçavez pas tout ce que vous avez: A ce pas je sens un gallant qui me dira que sçachant telle excellence je devrois en ayder aux Roys, et aux grands, pour les faire durer long temps, et tirer d’eux de la commodité: Beau diseur, ame prudente, sage conseiller, je vous avise que ces gens-là n’estiment que ce qu’ils cognoissent, et davantage ils sont tant heureux en quelques choses qu’ils n’ont pas le bien de sçavoir où est cela qu’ils peuvent recouvrer sans peine, et qui plus est maintenant il seroit trop tard de me venir rechercher pour cét effect, car mon cœur est rassasié de ce qu’il n’a pas eu de bonne heure: Et bien il adjoustera, que n’en usez vous pour un (p.266) jour vous rendre l’antique entre ceux qui resteront? Je vous respondray hardiment que pour ce faire j’ay assez de prudence et de science, et outre cela le pouvoir aussi. Mais que (99) sçay-je si j’en aurois l’execution, et que quand je voudrois me prevaloir d’un tel bien, si celuy qui peut tout me l’octroyera; le maistre qui est la haut qui sçait ce qui nous est necessaire pour nostre bien à sa gloire, nous dispose ainsi qu’il veut qu’il avienne de nous: il me donne l’industrie et le soin pour cela qui me faict besoin, et me faict oublier ce qui me pourroit singulierement ayder, à fin que je devienne ce qu’il luy plaira, selon que je prepareray mon cœur à suivre ses ordonnances. C’est luy qui addresse les esprits, et qui faict errer en la voye. C’est doncques vers luy qu’il faut se renger, les issues de la vie et de la mort sont en sa main, les facultez des plantes n’ont point de vertu sans sa benediction: mais voyez un peu comme ces legumes nous attirent à de belles speculations, et comme ces feves nous eslevent? pour neant ne designent-elles un royaume puis qu’elles nous font faire le Roy en nos discours, qu’elles enflent selon leur propre naturel, il ne faut (100) pas toutesfois que ce soit pour nous faire monter si haut que nostre cheute soit nostre ruine. S’il y a des feves en un pot, s’il en est trop plein, et que l’on y mette de l’eau, avec un peu de temps elles s’enfleront si fort qu’elles casseront tout, que s’il y en a mediocrement alors tout sera plein honnestement et abondamment, que si cette plenitude n’est que de ce qui est inferieur et caducque ce ne sera que vanité, gloire decevante et perilleuse. La raison qui nous porte si haut n’empeschera pas que nous ne prenions garde à ce point de Physique. Quand on a mis ces feves au vase avec l’eau on n’a ny augmenté ny diminué le lieu, et toutesfois par resolution d’argument parfaict, il ne faudroit pas qu’il y survienne plus de corps, ce qui semble estre vray, veu qu’il luy seroit besoin de plus de lieu: La cause de cecy est en l’aer qui en son subtil est demeuré dans les corps des feves, et trouvant son propre corps en l’eau il s’en revest, et se regrossit, et en cette quantité il y a (101) quelque chose qui semble estre le vuide, et qui toutesfois luy est contraire, dautant qu’il se multiplie, et le vuide ne peut estre multiplié, s’il y en a par le deperissement de substance, ce que je ne puis admettre, et aucun autre Philosophe ne le doit, dautant que l’anihilation n’est point en nature non plus que le vuide: Outre plus il convient considerer que l’ame vegetante n’estant point esteinte en ces fruits-semences, elle agit ayant esté maintenuë par cette vigueur quatriesme, laquelle nous avons demonstré, chantant en vers François ce qui est consideré de l’ame, où nous faisons voir comme le voyant, cette puissance qui fait que tout subsiste, mesme estant privé de ce qui sembloit maintenir son estre: La souvenance de mon poëme de l’ame m’a fait faire cette petite desbendade, de laquelle je retourneray au propos du Sage, qui conseilloit de s’abstenir de feves. Je pense que ce qu’il en disoit estoit pour destourner la jeunesse des folies que les Bacchantes fai-(102)soyent en l’exercice de leurs sacrifices, esquels on faisoit des gasteaux y mettant une (p.267) feve: Et qui me faict tant hardy de le dire? c’est que je voy que cela est imité entre nous où rien n’est de nouveau, parce qu’il n’y a rien sous le soleil qui n’ait esté, nos royaumes de la feve sont imitations non inventions, et si ce Sage eust dit appertement, abstenez vous des folies Bacchanales, on l’eust entendu, il n’eut pas eu bonne grace, et puis possible il en eut couru fortune, parquoy il touchoit de loing à ce qu’il fust aymé de tous, et hay de nul. Or je dis qu’aujourd’huy nous avons la mesme chose que ce qui s’usoit és folies du temps passé, et qu’il n’y a que le nom qui soit changé et desguisé: la substance és yvrogneries, je laisse à part ce qui est de la devotion, les ceremonies, vanitez et abominations sont restees. A cette feste doncques que nous nommons les Roys, on faict un gasteau auquel on cache une feve pour au hazard faire tomber ce royaume de gourmandise, à (103) celuy qui aura la feve, lequel seroit Roy des crevez. Or cettuy-là est dit, proclamé, et nommé Roy, lequel n’estant rien est soudain eslevé au plus haut degré d’honneur, il devient grand en un moment, aussi il deschet soudain, il s’enfle comme une feve abreuvee, et puis il perit comme n’ayant point esté: Jadis en France on faisoit à la Cour un Roy de la feve, et le Roy mesme admettoit cette gaillardise donnant par attribution d’estat un grand pouvoir à cét eslevé par sort: Et pource que quelqu’un en voulut abuser, et que pour lors la Majesté royale estoit comme aneantie pour un peu, on a changé cette coustume, et on y faict une Royne. Cecy nous pourra encore enseigner qu’il se faut abstenir de feves, et faire comme ce Roy qui ne voulut plus qu’il y eust de tel Roy aupres de luy, de peur d’inconvenient, et durant le regne duquel où il se practique il n’y a que folies et yvrongneries, dont ensuivent des débordements enragez, et des desor-(104)dres impudens, pour lesquels eviter il est bon de s’abstenir de telles feves. Quand on parle de rejetter ce n’est pour du tout s’abstenir de ce fruict-semence dautant qu’il est bon, et a infinis usages, mais il convient se retrancher de ce qui peut apporter dommage. Le feu est bon, mais il brusle si on s’en approche trop. Ainsi les choses bonnes peuvent nuire non à cause d’elles, mais parce que l’on en abuse: Ce qu’il faut dignement notter, et sur tout és feves qui ont un symbole notable avec la folie, mesmes il y a quelques endroicts où en proverbe on dit, il tient de la feve, parlant de quelqu’un que lon veut dire estre fou, et on le veut designer par une parole plus modeste: Il y a grande apparence de cette remarque, veu que quand les feves sont en fleur les fous ont la teste plus remplie d’extravagances. Cecy est le subjet que Pythagoras notte le plus, dautant que pour estre heureux il faut avoir l’esprit tranquile, ce que la folie ne peut laisser à un esprit où (105) elle domine, et lequel va suivant la vivacité ou secheresse des feves.

Notes:

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